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Vers une éco-conception nécessaire des services numériques

Par Emmanuelle Olivié-Paul, fondatrice de AdVaes, cabinet spécialisé dans l’analyse prospective, le positionnement, la notation et l’accompagnement de prestataires de solutions numériques en matière d’usages raisonnés et responsables (RSE/CSR, ESG…).

Les actions conduites en matière de protection de l’environnement dans le secteur du numérique doivent être positionnées non comme une contrainte mais comme un facteur d’innovation des modèles d’affaires et des usages. L’éco-conception d’applications et de services numériques fait justement parti de ces nouvelles approches à adopter.

Le secteur du numérique est challengé aujourd’hui sur ses impacts environnementaux en matière de :

  • Fabrication des équipements : intégration de métaux rares et de composants plastiques, durée de vie, recyclage… ;
  • Consommation en énergie (empreinte carbone) et en eau ainsi qu’émissions de gaz à effet de serre (GES). Le numérique serait « responsable d’environ 2% du total des émissions de GES en France » ;
  • Traitement de fin de vie : le secteur du numérique serait à l’origine de 50 millions de tonnes de DEEE (voir réglementations associées).

L’équation est complexe pour tous les acteurs de l’écosystème du numérique face à l’explosion des usages, et en conséquence des infrastructures et des services associés. A titre d’exemple, le télétravail imposé pendant la période de confinement a fait croître drastiquement les usages de solution de vidéoconférence, gourmande en bande passante et en ressources dans le cloud.

Les questions récurrentes en regard sont les suivantes :

  • Quels sont les impacts effectifs environnementaux du numérique ?
  • Comment peuvent-ils être mesurés et suivis dans le temps ?
  • A combien s’élèvent-ils ? Quel est leur poids ?
  • Qui est concerné en priorité sur toute la chaîne de l’écosystème impliqué ?
  • Quelles sont les actions qui peuvent être rapidement mises en oeuvre et quels sont les investissements à plus long terme à consentir pour changer la donne ?
  • Quelles sont les technologies qui peuvent contribuer à améliorer la situation ?

Contrairement à d’autres secteurs d’activité aux impacts environnementaux très forts, le numérique peut faire valoir des apports en regard, et tout particulièrement grâce à ses nouveaux modèles comme celui du cloud computing (cf. rapport GESI SMART 2020) :

  • Mutualisation de ressources (serveurs, réseaux, services…) ;
  • Amélioration de la consommation énergétique avec l’avènement de centre de données de nouvelle génération ;
  • Déduplication possible de données pour réduire les capacités de stockage afférentes ;
  • Traitement au plus près de certaines données avec l’edge computing ;
  • Diminution des déplacements énergivores et à forte empreinte carbone grâce au recours à des services en ligne et à la dématérialisation de certains d’entre eux ;
  • Modèle basé sur l’économie de la fonctionnalité (usage de services).

Selon APL Data Center, le numérique responsable peut se décliner selon quatre axes :

  • Green for IT : il s’agit de toutes les actions conduites afin de réduire l’impact environnemental du système d’information (choix d’architectures, de fournisseurs, de modèles opératoires…) ;
  • Green by IT : le numérique est pourvoyeur de solutions technologiques qui aident à la transition environnementale et qui peuvent en réduire les impacts négatifs ;
  • Green by use : il est impératif de sensibiliser les utilisateurs de solutions numériques de leurs impacts environnementaux et de les inciter à adopter un usage raisonné même si le sujet est complexe en termes d’analyse et de démarche à conduire ;
  • Eco-conception : les enjeux environnementaux doivent être intégrés dès la conception des solutions numériques.

L’éco-conception s’inscrit dans une démarche durable qui implique de repenser la manière dont les applications et les services numériques sont conçus. Selon l’ADEME, il s’agit d’une “démarche préventive et innovante qui permet de réduire les impacts négatifs du produit, service ou bâtiment sur l’environnement sur l’ensemble de son cycle de vie (ACV), tout en conservant ses qualités d’usage”. Dans le cadre de la transition écologique numérique, un rapport d’information du Sénat prône de rendre obligatoire l’écoconception des sites publics et des plus grands sites privés.

L’éco-conception regroupe des domaines variés qui vont :

  • De la manière dont le code est produit et consommé ensuite (meilleure utilisation du cache, élimination des requêtes multi-serveurs, focus sur les besoins essentiels en termes de design des applications, minimisation du code, utilisation de formats spécifiques au web, décorrélation du front du back avec des approches de type « headless CMS »…) ;
  • Aux ressources informatiques mobilisées (au niveau de l’équipement qui sert d’interface pour accéder au service, des serveurs qui motorisent le service et stockent les données utiles, en termes de bande passante qui permet d’accéder au service…) ;
  • Au potentiel de réutilisation (cf. micro-services) et au faible impact en termes de maintenabilité dans le temps.

S’inscrire dans une démarche d’éco-conception numérique implique de modifier les manières de coder. Elle peut aussi favoriser des démarches plus ouvertes basées sur la réutilisation de briques préconfigurées et prêtes à l’emploi afin d’éviter de remobiliser des ressources déjà consommées. Avec la mise à disposition de bibliothèques de services applicatifs accessibles via des plates-formes, le modèle du cloud va dans ce sens et est une voie à considérer parmi d’autres.

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